Pourquoi Dieu semble-t-il silencieux ?
Nous prions, nous attendons, et parfois rien ne semble se passer. Pourtant, le silence de Dieu ne signifie pas nécessairement son absence. Il peut accompagner une saison d’attente, une œuvre invisible, une maturation de la foi ou précéder un pas d’obéissance.
Il y a, en médecine, un moment particulièrement inconfortable : celui où l’examen a été réalisé, mais où le résultat n’est pas encore disponible.
Entre les deux, il y a l’attente.
Et l’attente laisse beaucoup de place à l’imagination.
Le moindre symptôme prend soudain une autre importance. On repense aux paroles du médecin. On envisage plusieurs scénarios. On voudrait savoir, simplement pour sortir de l’incertitude.
Pourtant, pendant que le patient attend, quelque chose peut déjà être en cours : un prélèvement est analysé, des images sont interprétées, des résultats sont comparés.
L’absence de réponse immédiate ne signifie pas l’absence de processus.
Il en va parfois ainsi dans notre marche avec Dieu.
Nous prions. Nous cherchons une direction. Nous attendons une intervention.
Et Dieu semble silencieux.
Pourquoi le silence nous éprouve-t-il autant ?
Notre difficulté avec l’attente n’est pas seulement spirituelle. Elle est aussi profondément humaine.
Notre cerveau cherche continuellement à anticiper ce qui pourrait arriver. Cette capacité nous permet de nous adapter, de prendre des décisions et de nous protéger.
Mais lorsque l’issue d’une situation importante devient incertaine, cette anticipation peut aussi nourrir inquiétude, vigilance et ruminations. Les recherches en psychologie parlent notamment d’intolérance à l’incertitude pour décrire la difficulté que nous pouvons éprouver à rester dans une situation dont nous ne connaissons ni l’issue ni le moment où elle se résoudra.
Autrement dit, lorsque nous ne savons pas, notre esprit cherche à combler les blancs.
Et c’est précisément là que l’attente spirituelle peut devenir douloureuse.
Lorsque Dieu ne nous donne pas d’explication, nous sommes tentées d’en fabriquer une.
Dieu ne répond pas encore devient :
Dieu m’a abandonnée.
La situation ne change pas devient :
Rien ne changera jamais.
Je ne comprends pas ce que Dieu fait devient :
Dieu ne fait rien.
Pourtant, une pensée n’est pas nécessairement une vérité.
Il peut alors être utile de nous demander :
Qu’est-ce que je sais réellement ?
Et :
Qu’est-ce que mon inquiétude est en train de me faire supposer ?
La foi ne nous demande pas de nier l’incertitude.
Elle nous apprend à ne pas laisser l’incertitude décider à notre place de qui est Dieu.
Quand même David demande : « Jusqu’à quand ? »
La Bible ne présente pas le silence de Dieu comme une expérience étrangère à la foi.
David lui-même l’a connue.
Dans le Psaume 13, il s’écrie :
« Jusques à quand, Éternel ! m’oublieras-tu sans cesse ? Jusques à quand me cacheras-tu ta face ? » (Psaume 13:2)
David ne parle pas ici comme un homme sans foi.
Il parle comme un homme de foi qui ne comprend plus ce que Dieu fait.
Et c’est une différence essentielle.
Il est possible de croire en Dieu et de ressentir son silence.
Il est possible de savoir qu’Il est fidèle et pourtant de se demander pourquoi Il ne répond pas.
Il est possible de continuer à L’aimer tout en Lui disant :
« Seigneur, je ne comprends pas cette saison. »
Le cri de David nous apprend également quelque chose : il ne transforme pas son trouble en éloignement.
Il parle à Dieu de l’impression que Dieu est loin.
Voilà déjà un acte de foi.
Le silence n’interrompt donc pas nécessairement la relation.
Il peut devenir l’endroit même où la relation apprend une autre forme de profondeur.
Le silence de Dieu signifie-t-il qu’Il est absent ?
L’histoire de Joseph nous donne une réponse saisissante.
Entre les rêves de sa jeunesse et leur accomplissement se trouvent la fosse, l’esclavage, l’injustice, la prison… et de longues années durant lesquelles rien ne semble correspondre à ce que Dieu lui avait montré.
Pourtant, une petite phrase revient dans son histoire :
« L’Éternel fut avec Joseph. » (Genèse 39:2, 21)
Joseph est esclave : Dieu est avec lui.
Joseph est emprisonné : Dieu est avec lui.
Ses circonstances ne témoignent pas encore de la promesse, mais elles n’annulent pas la présence de Dieu.
Pendant que Joseph attend, Dieu travaille déjà.
Il forme l’homme.
Il prépare les circonstances.
Il organise même des rencontres dont Joseph ne comprend pas encore l’importance.
Le silence de Dieu n’est pas nécessairement un espace vide. Il peut être un espace de travail invisible.
Nous aimerions souvent que Dieu nous explique ce qu’Il fait pendant qu’Il le fait.
Mais Il ne nous donne pas toujours accès aux coulisses.
Et si Dieu agissait dans l’ombre ?
Jésus raconte l’histoire d’un homme qui jette une semence en terre. Puis les jours passent et la semence germe et croît « sans qu’il sache comment » (Marc 4:26-29).
À la surface, pendant un temps : rien.
Sous la terre pourtant, la vie a commencé.
Il existe aussi des saisons souterraines dans notre vie avec Dieu.
Nous Lui demandons de changer une situation alors qu’Il travaille peut-être d’abord notre cœur.
Nous Lui demandons d’ouvrir une porte alors qu’Il prépare ce qui se trouve derrière cette porte.
Nous demandons l’accomplissement alors qu’Il développe encore en nous la capacité de porter ce que nous Lui demandons.
Et parfois, Dieu agit dans des circonstances dont nous ignorons tout.
Ce n’est que plus tard, en regardant en arrière, que nous comprenons :
« Dieu était déjà à l’œuvre. »
Nous cherchions les feuilles alors qu’Il travaillait encore les racines.
Parfois, Dieu attend-il notre obéissance ?
Tous les silences ne signifient pourtant pas : Attends.
Il arrive que Dieu ait déjà parlé et que nous attendions une nouvelle instruction alors que la précédente demande encore une réponse.
Lorsque les Israélites doivent traverser le Jourdain, les prêtres portant l’arche reçoivent l’ordre d’avancer.
Le fleuve ne s’arrête pas avant leur marche.
C’est lorsque leurs pieds touchent l’eau que le passage s’ouvre (Josué 3:13-17).
Nous voudrions parfois que Dieu ouvre d’abord le chemin afin que nous puissions avancer en toute sécurité.
Mais il arrive qu’Il nous demande :
« Pose ton pied. »
Ce pas peut être une décision.
Un pardon.
Une conversation repoussée.
Quelque chose à abandonner.
Ou simplement une obéissance que nous connaissons déjà.
Cela ne signifie pas que tout silence de Dieu soit la conséquence d’une désobéissance. Une telle conclusion serait culpabilisante et bibliquement réductrice.
Mais une question mérite parfois d’être posée :
Quelle est la dernière chose que Dieu m’a clairement demandé de faire ?
Peut-être n’avons-nous pas besoin d’une nouvelle parole.
Peut-être devons-nous marcher avec celle que nous avons déjà reçue.
Le silence de Dieu peut-il faire grandir notre foi ?
Il existe encore des silences qui accompagnent la maturation de notre relation avec Dieu.
Nous aimons les confirmations.
Une circonstance favorable nous rassure. Une parole reçue au bon moment nous fortifie. Une réponse rapide nous confirme que Dieu nous accompagne.
Ces expériences sont précieuses.
Mais notre foi ne peut dépendre uniquement de ce que nous voyons ou ressentons.
Hébreux 11:1 décrit la foi comme l’assurance de ce que l’on espère et la conviction de réalités que l’on ne voit pas encore.
Certaines saisons nous conduisent ainsi vers une question plus profonde.
Non plus seulement :
« Seigneur, que fais-tu ? »
Mais :
« Seigneur, qui es-tu pour moi lorsque je ne comprends pas ce que tu fais ? »
La foi mûrit lorsqu’elle apprend à ne plus seulement faire confiance à Dieu parce qu’elle reconnaît sa main, mais aussi parce qu’elle connaît son cœur.
Je ne vois pas encore ce que Dieu fait, mais je connais Celui avec qui je marche.
Que faire quand Dieu semble silencieux ?
Il n’existe pas de formule permettant de provoquer une réponse de Dieu.
Mais lorsque Dieu semble silencieux, nous pouvons revenir à quelques repères simples.
Demeurer. Ne pas abandonner la relation simplement parce que nous ne ressentons plus Dieu comme auparavant.
Se souvenir. Revenir à ce que nous savons déjà de Lui et aux paroles reçues avant cette saison.
Examiner. Y a-t-il une direction déjà donnée, un pas à poser, une obéissance différée ?
Attendre sans fabriquer. Résister à la tentation d’ouvrir nous-mêmes une porte uniquement parce que l’attente devient inconfortable.
Continuer à marcher. Avec la lumière disponible aujourd’hui, même lorsque nous ne possédons pas toute la carte.
Parfois, la foi avance.
Parfois, elle attend.
Parfois, elle obéit.
Parfois, elle demeure.
Et parfois, elle accepte simplement de ne pas encore savoir.
Job lui-même cherchait à comprendre ce qui lui arrivait. Lorsque Dieu lui répond enfin, Il ne lui explique pas chaque détail de son histoire. Il l’amène d’abord à regarder de nouveau qui Il est (Job 38–42).
Nous devons laisser cette place au mystère.
Nous ne pouvons pas toujours expliquer le silence de Dieu.
Mais nous pouvons continuer à Le connaître au milieu de ce que nous ne comprenons pas.
Et si le silence de Dieu était aussi une porte ?
Peut-être traverses-tu actuellement une saison où tu ne comprends pas Dieu.
Tu as prié.
Tu as attendu.
Tu as peut-être même obéi.
Et pourtant, tu ne vois toujours rien.
Ne transforme pas trop rapidement ce silence en verdict.
Tu ne sais pas tout ce qui se passe sous la terre.
Tu ne vois pas toutes les pièces que Dieu déplace.
Tu ne sais pas encore ce qu’Il prépare autour de toi.
Et tu ne mesures peut-être pas ce qu’Il est en train de former en toi.
Certaines saisons ne nous donnent pas immédiatement des réponses.
Elles nous donnent des racines.
Elles nous apprennent à ne plus confondre la présence de Dieu avec nos sensations, ni son activité avec ce que nos yeux peuvent immédiatement constater.
Peut-être que le plus grand travail de Dieu pendant son silence n’est pas encore ce qu’Il change autour de toi, mais ce qu’Il forme en toi.
Alors la prière change :
« Seigneur, dans cette saison, dois-je attendre, avancer, obéir… ou simplement apprendre à te faire confiance sans comprendre ? »
Le silence n’est pas toujours une porte fermée.
Il peut lui-même devenir une porte.
Une porte par laquelle nous passons d’une foi qui demande constamment :
« Seigneur, montre-moi. »
à une foi capable de murmurer :
« Seigneur, même lorsque je ne vois pas, je choisis encore de marcher avec toi. »
Tu es un parfum,
Jemima