Pourquoi ai-je parfois l’impression de ne plus savoir qui je suis ?

Il arrive des saisons où une question remonte silencieusement :

Qui suis-je, au fond ?

Pas ce que je fais.
Pas les responsabilités que je porte.
Pas ce que les autres attendent de moi.
Pas même ce que j’ai traversé.

Mais moi.

Cette question peut apparaître après une épreuve, un rejet, un changement de saison, la perte d’un rôle, une relation difficile ou simplement après des années passées à répondre aux besoins et aux attentes des autres.

On continue à avancer. On travaille. On prend soin de sa famille. On assume ses responsabilités. On prie. On sert parfois Dieu.

Et pourtant, quelque part à l’intérieur, les contours de notre identité semblent être devenus moins nets.

Je sais ce que je fais. Mais est-ce que je sais encore qui je suis ?

Lorsque l’âme construit une image de nous-mêmes

Notre âme porte nos pensées, nos émotions, nos souvenirs, nos raisonnements. Elle enregistre ce que nous vivons et donne progressivement du sens à nos expériences.

Une parole répétée peut devenir une conviction.

Un rejet peut nous apprendre à chercher constamment l’approbation.

Une trahison peut nous rendre méfiantes.

Une succession d’échecs peut installer silencieusement cette conclusion : je ne suis pas capable.

À l’inverse, même une réussite peut devenir un piège lorsque nous finissons par confondre notre valeur avec ce que nous accomplissons.

Nous devenons alors :

celle qui réussit,
celle qui tient toute la famille,
celle qui ne doit jamais faiblir,
celle qui prend soin de tout le monde,
celle qui a été abandonnée,
celle qui attend encore,
celle qui n’a pas réussi son mariage,
celle qui doit constamment prouver sa valeur.

Certaines de ces descriptions correspondent peut-être à une partie réelle de notre histoire.

Mais une réalité de notre histoire n’est pas nécessairement une définition de notre identité.

Et cette distinction change beaucoup de choses.

Une cicatrice raconte une histoire, pas tout le corps

La médecine nous offre une image particulièrement parlante.

Lorsqu’un tissu est blessé, l’organisme met en place un processus de réparation. Après la guérison, une cicatrice peut demeurer.

Elle témoigne qu’il s’est passé quelque chose.

La peau n’est peut-être plus exactement comme avant. La trace peut être visible pendant longtemps.

Pourtant, personne ne confondrait cette cicatrice avec l’identité de tout l’organisme.

Le corps ne devient pas sa cicatrice.

La cicatrice appartient à son histoire.

Il en est parfois ainsi de l’âme.

Certaines expériences nous ont réellement blessées. Les nier ne produit pas la guérison. Et guérir ne signifie pas nécessairement perdre tout souvenir de ce qui s’est passé.

Nous pouvons nous souvenir sans être encore gouvernées par ce souvenir.

Nous pouvons porter la trace d’une saison sans continuer à construire notre identité autour d’elle.

Une blessure peut expliquer certaines de nos réactions sans avoir le droit de nous définir.

Mais que se passe-t-il lorsque la situation n’est pas encore terminée ?

L’image médicale peut aller plus loin.

Toutes les maladies ne sont pas guéries rapidement.

Une personne peut vivre pendant des années avec une maladie chronique. Elle doit parfois prendre un traitement quotidien, modifier son alimentation, respecter certaines limites, organiser ses rendez-vous médicaux et apprendre à reconnaître les signes d’une aggravation.

La maladie est réellement présente.

Elle influence son quotidien.

Il serait donc faux de lui demander de vivre comme si elle n’existait pas.

Pourtant, lorsqu’un médecin reçoit cette personne, il sait qu’il soigne un patient atteint d’une maladie, et non une maladie qui aurait absorbé toute la personne.

Cette distinction est essentielle.

La maladie peut être présente dans l’organisme sans devenir l’identité de celui qui la porte.

De la même manière, certaines situations de notre vie ne sont peut-être pas encore résolues.

Une relation reste difficile.

Une prière semble encore sans réponse.

Une conséquence du passé demeure.

Une porte que nous espérions voir s’ouvrir reste fermée.

Une blessure est encore sensible.

Et c’est précisément là que la confusion peut s’installer : ce que je traverse commence progressivement à me dire qui je suis.

Je ne traverse plus un rejet : je suis rejetée.

Je ne traverse plus une période d’échec : je suis un échec.

Je ne vis plus une attente : je suis celle que Dieu a oubliée.

La situation est réelle.

La définition que nous en tirons ne l’est pas nécessairement.

Ton histoire t’a façonnée, mais elle ne possède pas ton identité

La Bible ne commence pas notre identité par notre histoire.

Elle commence par notre relation avec Dieu.

« Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. »
— 2 Corinthiens 5.17

Remarquons l’ordre.

Nous ne devenons pas une nouvelle création lorsque toutes nos blessures sont guéries, lorsque toutes nos relations sont restaurées ou lorsque toutes nos circonstances ont changé.

C’est en Christ que notre identité trouve sa source.

Cela signifie que l’identité chrétienne n’est pas une version améliorée de l'image que nous avions de nous-mêmes.

Elle part d’une autre origine.

Le problème est que nous pouvons appartenir à Christ tout en continuant à nous percevoir à travers d’anciennes définitions.

C’est ici que commence le travail de l’âme.

« Soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence. »
— Romains 12.2

Notre identité en Christ est donnée, mais notre manière de nous percevoir a parfois besoin d’être profondément renouvelée.

Alors, comment retrouver qui je suis réellement en Dieu ?

Peut-être faut-il commencer par comprendre ceci :

nous ne retrouvons pas notre identité en nous observant davantage, mais en revenant à Celui dont elle procède.

Lorsque nous avons perdu le sens de qui nous sommes, notre premier réflexe peut être de chercher en nous : Qu’est-ce que je veux ? Qu’est-ce que je ressens ? Qu’est-ce qui me correspond encore ?

Ces questions peuvent avoir leur place.

Mais elles ne suffisent pas.

Pour retrouver notre identité, il faut revenir à la Source.

Revenir à ce que Dieu dit avant d’écouter ce que l’histoire raconte

Avant les blessures, les réussites, les échecs et les opinions des autres, il existe une parole plus ancienne sur notre vie : celle de Dieu.

La question devient alors :

Qu’est-ce que Dieu dit de moi que mes circonstances ne peuvent pas modifier ?

Je suis son enfant.

Je suis aimée.

Je suis reçue en Christ.

Je lui appartiens.

Ma valeur ne commence pas dans le regard des hommes.

Mon identité ne disparaît pas lorsque je traverse une mauvaise saison.

Ce ne sont pas simplement de belles affirmations à répéter.

Ce sont des vérités dans lesquelles l’âme doit apprendre à demeurer.

Identifier les noms que la vie nous a donnés

Retrouver son identité demande aussi du courage.

Celui de reconnaître les définitions auxquelles nous avons fini par croire.

Certaines nous ont été données par d’autres.

D’autres sont nées de nos propres conclusions.

Tu es trop sensible.

Tu ne réussiras jamais.

Personne ne restera vraiment avec toi.

Tu dois être parfaite pour être aimée.

Tu dois toujours être forte.

Et parfois, personne n’a prononcé ces phrases exactement ainsi. Mais les expériences successives nous ont conduites à les écrire intérieurement.

Il est alors utile de se demander :

Quel nom ai-je donné à la femme que je suis à cause de ce que j’ai vécu ?

Car tant que cette définition reste cachée, elle peut continuer à orienter nos choix, nos réactions et nos relations.

La lumière commence lorsque nous pouvons enfin la confronter à la vérité de Dieu.

Laisser la vérité descendre plus profondément que la connaissance

Nous pouvons connaître beaucoup de versets sur notre identité et continuer à vivre comme si nous étions abandonnées, insignifiantes ou obligées de mériter l’amour.

Pourquoi ?

Parce qu’il existe une différence entre connaître une vérité et vivre à partir d’elle.

Le renouvellement de l’intelligence n’est pas simplement l’accumulation de nouvelles informations bibliques.

C’est lorsque la vérité de Dieu commence à remplacer les anciennes conclusions qui gouvernaient notre monde intérieur.

Cela demande du temps.

De la méditation.

De la présence.

Parfois des larmes.

Parfois aussi le courage de reconnaître que certaines pensées que nous avons entretenues pendant vingt ans ne sont pas devenues vraies simplement parce qu’elles sont anciennes.

La Parole devient alors un miroir différent.

« Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image. »
2 Corinthiens 3.18

Nous ne nous regardons plus seulement dans le miroir de notre passé.

Nous apprenons à nous regarder dans celui de sa présence.

Demeurer assez longtemps pour que le regard change

C’est peut-être ici que se trouve une clé essentielle.

Nous voulons parfois corriger rapidement une pensée négative par un verset.

Mais certaines perceptions de nous-mêmes ont été construites pendant des années.

Elles demandent davantage qu’une correction ponctuelle.

Elles demandent une demeure.

Rester en Christ.

Revenir à sa Parole.

Laisser sa présence nous rappeler encore et encore ce qui est vrai lorsque les circonstances semblent raconter autre chose.

Peu à peu, quelque chose change.

Pas nécessairement la situation extérieure.

Notre position intérieure.

Nous cessons progressivement de demander aux événements de nous dire qui nous sommes.

Nous cessons de dépendre entièrement du regard des autres pour confirmer notre valeur.

Nous pouvons être incomprises sans perdre notre identité.

Traverser un échec sans devenir cet échec.

Porter une cicatrice sans devenir cette cicatrice.

Vivre une situation encore non résolue sans remettre chaque jour notre identité en question.

C’est ainsi que l’âme retrouve progressivement sa juste place.

Vivre à partir de son identité plutôt que pour la construire

Il existe une différence profonde entre vivre pour obtenir une identité et vivre à partir d’une identité déjà reçue.

Lorsque je cherche encore à construire ma valeur, je dois constamment obtenir quelque chose :

être reconnue,
être choisie,
réussir,
être approuvée,
être indispensable,
avoir raison,
être admirée.

Mais lorsque mon identité commence à s’enraciner en Dieu, mes actions changent de source.

Je peux servir sans avoir besoin que le service me donne une valeur.

Je peux aimer sans mendier l’amour.

Je peux réussir sans faire de la réussite mon identité.

Je peux échouer sans conclure que je suis un échec.

Je peux traverser une saison difficile sans croire que Dieu m’a abandonnée.

C’est peut-être cela, finalement, retrouver qui nous sommes :

ne plus demander à ce qui change de définir ce que Dieu a établi.

Qui suis-je ?

Peut-être que cette question ne trouvera jamais sa réponse dans une seule phrase.

Mais elle peut trouver son ancrage.

Je ne suis pas seulement la somme de ce qui m’est arrivé.

Je ne suis pas le regard que les autres ont posé sur moi.

Je ne suis pas ma plus grande réussite.

Je ne suis pas ma plus profonde blessure.

Je ne suis pas la saison que je traverse actuellement.

Je suis d’abord celle qui appartient à Christ.

Et c’est depuis cet endroit que mon âme peut progressivement relire toute mon histoire.

La cicatrice peut rester.

Une situation peut être encore en attente.

Certaines pages peuvent même demeurer difficiles à comprendre.

Mais elles n’ont plus besoin de porter le poids de répondre à la question :

« Qui suis-je ? »

Cette réponse ne leur appartient pas.

À garder dans ton cœur

Prends un moment devant Dieu et pose-toi cette question :

Si j’enlevais pendant un instant mes rôles, mes réussites, mes échecs, mes blessures et le regard des autres, qu’est-ce qui resterait de la manière dont je me définis ?

Puis ouvre sa Parole.

Non pas pour chercher une phrase qui te rassure momentanément, mais pour redécouvrir, lentement, la femme que Dieu voit lorsque Lui te regarde.

Car retrouver son identité n’est peut-être pas devenir une nouvelle version de soi.

C’est apprendre à vivre depuis une vérité qui était déjà là :

en Christ, je sais à qui j’appartiens — et c’est à partir de là que je peux enfin apprendre qui je suis.

Tu es un parfum

Jemima

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